Journal de bord d’un apprenti albatros

Sortie Pen-Hir, 29mai-1er juin 2026

Prendre la mer

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

Sur le quai de la gare, d’hésitants matelots se sont rejoints, bardés de cordes, de quincailleries et de quelques mots de poésie.Le cap était donné pour rejoindre la plus occidentale des métropoles françaises : Brest. Un petit équipage de vaillants, déjà agité par des envies d’aventures,mêla bruyamment leurs rêveries sans regret pour les infortunés dormeurs. Pour d’autres marins, il fut plus dur de quitter le port d’attache : voûtés sur leurs ordinateurs, certains envoyèrent fébrilement leurs dernières correspondances à de secrets employeurs ou amants.

Arrivée à destination, le fracas de la vie collective se fit sentir. Après une rapide présentation, les questions logistiques conduisirent les équipes prestement composées à rejoindre le Leclerc Drive le plus proche. A l’issue de cette frénésie, il fut temps de couper le contact et d’ouvrir ses valises dans le chaleureux gîte des « amis de la mer »

Les premiers pas en falaise

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Cette falaise de Penhir révèle bien des secrets à l’aventurier souhaitant s’y confronter :

Hospitalière, elle décline un panel de cotation allant du 4 au 7e degré, accueillant aussi bien ambitieux débutants que chevronnés grimpeurs.

Polyvalente, elle offre autant de styles d’escalade que d’envies. Les équipes de la formation alpinisme se confrontèrent dans les styles les plus traditionnels, quand les autres avaient tout loisir de glisser leur dégaine dans d’accueillants spits.

Robuste, son grès armoricain, principalement composé de quartz et de feldspath, est réputé pour être l’une des roches les plus dures de France. Le joaillier-grimpeur aura tout le bonheur de découvrir des veines de cristaux lézardant la roche.

Poétique, chaque secteur de grimpe promet de nombreuses aventures :

Au cirque des courants d’air viendront ceux qui n’ont rien à taire,
Au monolithe s’aventureront ceux qui bravent le déficit sévère,
Sur la dalle de verre tu te vacheras — ou naufragé finiras,
Funambule sur la voie, jusqu’à la croix tu déboucheras.

Les tâtonnements

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

Mais comme toute sortie collective en falaise, celle-ci n’échappa pas à la règle : quelques grincements émaillèrent cette authentique aventure …

La marée basse tu respecteras, ou un film fantastique tu tourneras
En nombre impair tu partiras, car toujours le décalage guettera
A grimpeuse hollandaise en télétravail, jamais ne parle de France Travail

A l’heure de partir, chacun ramène dans sa poche une pierre vibrante

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

Au moment de regagner la capitale, certains se demandèrent s’il y avait de plus beaux spots sur terre. Décision fut alors prise de glisser ces merveilleux souvenirs dans une bouteille à la mer.

Pour certains, cela sera sans doute la fabuleuse routine léguée par Capitaine Olivier : A Penhir, contre vents et marées toujours pense à te baigner.

D’autres se rappelleront longtemps de l’appel lancé par commandant Moa à ses matelots : Rendez-vous avait été donné samedi soir à la proue du navire pour la bien nommée soirée poésie. Aux voyageurs échoués revinrent les voix maternelles des pays traversés ou des rires d’enfance.

Tous garderont en tête ces fabuleux rappels au-dessus des flots et ces départs dans les embruns.

A l’heure de sceller cette bouteille, raisonne encore ce dernier appel des amis de la mer : N’oubliez pas de saluer la tour à Gustave, cette belle tour Eiffel, d’ici à notre rendez-vous de l’année prochaine…

D’ici là, laissons faire l’érosion.

Textes de Charles Baudelaoire, L’albatros
Et des membres aventureux de Faites le Mur : Ella, Marcelle, Flore, Marylène, Alice, Fabienne, María, Juliette, Davide, Félix, Thibaut, Alexandre, Olivier, Moa, Thomas et Alexandre